Matera, capitale européenne de la culture en 2019 ou la revanche des périphéries

Daisy Boscolo Marchi
Daisy Boscolo Marchi

Capitale européenne de la Culture en 2019, cette singulière cité troglodyte, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, a inauguré samedi 19 janvier une année de festivités. Selon les organisateurs, un million de visiteurs seraient attendus dans la localité méridionale de 60.000 habitants. Un énorme défi pour cette ville qui a déjà vu le nombre de touristes croître de 170% entre 2010 et 2017.

L’histoire de Matera, de la « honte » à la gloire

Un choix inattendu, pour cette petite ville définie dans les années cinquante, comme « la honte de l’Italie ». Pourtant, cette petite ville du sud de l’Italie raconte 8000 ans d’histoire de l’homme. Surnommée la « Jérusalem de l’Ouest » pour ses maisons troglodytiques en pierre, Matera est considérée comme la troisième ville la plus ancienne du monde après Alep et Jéricho. Ici pendant des siècles et jusqu’aux années ’60, les familles vivaient dans des grottes et des maisons creusées dans le tuf, une roche calcaire caractéristique de la région. En 1963 De Gasperi, Président du conseil des ministres, avait qualifié Matera d’être « la honte de l’Italie », et avait fait construire des maisons sociales pour reloger les 15.000 habitants des « Sassi di Matera ». Matera renaît en 1993, quand l’Unesco en fait le premier paysage culturel inscrit au Patrimoine mondial de l’humanité.

Le défi : prouver que les petites villes ont leur place dans le paysage culturel européen

Lorsque Matera a été élue Capitale culturelle européenne 2019, ses habitants ont fêté sur la place Veneto. A raison, car cette petite ville peripherique a su montrer sa détermination face à ses « puissantes » rivales, Venise et Florence. La ville qui a hébergé l’intellectuel antifasciste Carlo Levi pendant son exile durant le régime de Mussolini (et qui a inspiré son récit, le Christ s’est arrêté à Eboli) veut prouver que les périphéries de l’Europe ont désormais beaucoup à enseigner aux grandes capitales. En effet, selon Paolo Verri (directeur culturel de cette année européenne) les petites villes ont beaucoup de choses à offrir et ne subissent pas seulement la culture des grands centres urbains. Il s’agit d’un projet ambitieux pour cette ville isolées, sans TGV ni autoroute.

Évènements et programme

Pour suivre les différents événements, il sera possible d’acheter le “Passeport 2019” qui, au prix de 19 euros, permettra d’assister à tous les événements et d’obtenir la « citoyenneté temporaire ». Les thèmes restent les cinq présentés avec la candidature : « Racines et chemins », « Continuité et ruptures », « Futur éloigné », « Utopies et dystopies » « Réflexions et connexions ». Quatre expositions raconteront Matera et la Basilicate : « Ars Excavandi » (à partir du 19 janvier), « La Renaissance vue du sud » (19 avril 2019) ; « La poétique des nombres premiers (21 juin) » ; « Stratigraphique. Observatoire de l’anthropocène » (6 septembre). Pour finir, chaque municipalité de la Basilicate pourra être « capitale pour un jour » avec des initiatives en accord avec les valeurs et les thèmes du projet « Matera 2019 ».

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