28 octobre 2021

La transition écologique : une analyse franco-italienne

Transition écologique Italie

La France se félicitait en 2019 d’avoir dépassé son objectif de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Quant à l’Italie, elle se place en leader européen dans la transition vers une économie circulaire. Malgré des résultats encourageants, un manque d’ambition quant à la lutte contre le réchauffement climatique est fermement dénoncé par diverses ONG et acteurs environnementaux dans les deux pays. Où en sont donc les transitions écologiques françaises et italiennes ? Si la France montre un certain dynamisme juridique et politique sur la question des enjeux environnementaux, une réponse similaire se fait attendre en Italie. Cet écart se ressent dans la mesure de l’indice de performance environnemental (IPE) publié par l’université de Yale. En 2020, la France était 5ème ; l’Italie 20ème. Mais l’arrivée d’un nouveau ministre à la tête du Ministère de la Transition Écologique et des mesures phares telles que la sensibilisation obligatoire aux enjeux environnementaux dans les écoles semblent marquer le début d’une nouvelle ère dans le pays transalpin. Alors que les deux pays sont en pleine « lune de miel » sur le plan économique et politique, une collaboration en matière de stratégie d’adaptation est à attendre au sein du cadre européen – qui ne saurait que la favoriser alors que Bruxelles met le cap sur le European Green Deal.

Une transition qui s’inscrit dans un cadre juridique

L’arrivée de Mario Draghi à la tête du gouvernement italien a été accompagnée par une prise de position plus ambitieuse quant à la transition écologique. En effet, ce dernier a nommé le physicien Roberto Cingolani à la tête d’un nouveau ministère de la transition écologique – aussi connu sous le nom de MITE. Doté de 77 milliards d’euros de budget, il dispose de moyens inédits. En France, un ministère dédié à la Transition Écologique existe depuis 2017, mais des évènements récents sont venus accélérer les perspectives de transition. Un nouveau projet de loi, la loi « Climat et Résilience », a été définitivement adopté au Parlement le 20 juillet. Elle vise à crédibiliser l’engagement de réduction de 40% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Parmi les nouvelles mesures phares, on trouve notamment la création de zones à faible émissions dans les grandes villes, la régulation de la publicité pour les énergies fossiles, la création d’un délit d’écocide ou encore l’interdiction des voyages aériens quand une alternative en train existe pour un trajet de moins de 2h30. Les 69 articles traduisent une partie des 146 propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat constituée en octobre 2019. D’autres lois s’inscrivent dans la lignée de ce tournant écologique, comme la loi Agec – loi anti-gaspillage pour une économie circulaire – adoptée au Parlement en 2020. Cette dernière vise à transformer le système français en profondeur en agissant notamment vers la sortie du plastique jetable et l’action contre l’obsolescence programmée. À l’horizon 2040, elle prévoit par ailleurs la fin de la mise sur le marché des emballages à usage unique. Enfin, certaines ONG ou organismes tels que le Haut Conseil pour le Climat (HCC) portent un œil critique sur les mesures prises par le gouvernement français en matière de transition écologique. Le HCC est un organisme indépendant crée par le Président de la République en 2018. Sa mission est de donner des avis et émettre des recommandations sur la mise en œuvre de politiques et mesures publiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de la France. En 2021, le HCC a notamment dénoncé l’insuffisance de la stratégie nationale d’adaptation dans son rapport annuel. En Italie, il n’existe pas encore de loi encadrant le climat, ni d’instance de surveillance telle que le Haut Conseil pour le Climat français. Un vide juridique que différentes organisations influentes telles que Legambiente ou WWF ont dénoncé.

Les entreprises françaises et italiennes : actrices de la transition

Si le changement vers une économie plus verte est insufflé « par le haut », dans un cadre juridique national et international, les entreprises sont également au centre de la transition. Dans le cadre du plan France Relance, l’Ademe – l’Agence de la Transition Ecologique – fournit conseils et aides financières pour accompagner les agents socio-économiques dans leurs stratégies d’adaptation. D’après Arnaud Leroy, à la tête de l’agence : « Les entreprises ont compris que leur survie passait par cette transformation ». Elles ont répondu plus que positivement aux appels à projets. Par conviction ou par opportunisme, les chiffres montrent une percée dans l’investissement dans l’environnent chez les entreprises françaises. En effet, d’après une étude de Bpifrance-Le Lab menée auprès d’un millier d’entreprises, l’objectif « environnemental » est cité par 35% des patrons, une proportion de neuf points au-dessus de la moyenne constatée en 2018. Parmi les entreprises emblématiques qui ont travaillé avec l’Ademe on retrouve Décathlon, avec une collaboration sur un affichage environnemental textile. Interviewé par le magazine Challenges, Arnaud Leroy a également pris pour exemple le groupe Seb, numéro un mondial du petit électro-ménager qui a construit des appareils réparables pendant 10 ans grâce à l’impression 3D. Du côté italien, la tendance vers l’investissement « vert » est similaire. Récemment, ERG, le premier opérateur d’énergie d’éolienne en Italie et TIM, le groupe de télécommunications, ont signé le plus long accord sur le long terme dans le pays transalpin. Il prévoit qu’ERG fournisse à TIM de l’énergie 100% « green » provenant d’implants électriques, directement de son portefeuille pendant 10 ans. D’après le rapport GreenItaly 2020, l’Italie est leader en Europe de l’économie circulaire avec 79% de recyclage des déchets, suivie par la France avec 56%. La Lombardie se plaçant à l’avant-garde de la transition, la ville de Milan est perçue comme une véritable fierté nationale pour son programme de gestion des déchets. Le pays transalpin est également en tête en Europe pour ce qui est du nombre d’entreprises agricoles biologiques. Si ces résultats sont encourageants, une étude de Sap sustainability sur 19 pays dont l’Italie laisse entrevoir un chemin parsemé d’embuches. Interrogées au sujet des plus grands obstacles à la mise en œuvre d’une stratégie d’adaptation, 35% des entreprises ont mentionné l’incertitude quant aux mesures à prendre alors que 33% disent avoir du mal à démontrer un retour sur investissement. Autant de raisons qui peuvent expliquer une certaine hétérogénéité des mesures d’adaptation. Malgré ces difficultés, l’enjeu environnemental semble tenir à cœur au milieu de l’entreprise en France comme en Italie. Mentionné plusieurs fois lors du rapport en 10 points faisant suite au 3ème Forum Économique de la Confindustria et du Medef qui s’est déroulé en juin dernier, il pourrait ainsi rapprocher les deux pays autour d’un objectif commun.

Derrière le changement politique et économique, un mouvement social

En France, l’Affaire du Siècle – dont la pétition associée est devenue la plus signée dans le pays avec deux millions de signatures en un mois – a montré un essor de la conscience écologique. Depuis les années 2010, des marches pour le climat sont organisées dans de nombreux pays. Elles réunissent un nombre grandissant de participants. Ces rassemblements sont souvent encadrés par des organisations telles que Fridays for Future – le fameux mouvement inspiré de Greta Thunberg – ou encore GreenPeace et Oxfam dans le cas de l’Affaire du Siècle. En Italie, les manifestations pour le climat ont réuni jusqu’à un million de participants de toutes générations. Aux élections européennes de 2019, le vote d’un quart des jeunes français de 18 à 24 ans avait révélé une préférence pour le parti Europe-Écologie les Verts. Cette tendance n’était cependant pas présente en Italie, chez qui les plus jeunes votants ont préféré la Lega, tout comme leurs ainés les « baby-boomers » et la « génération X ». Il semble donc que l’écologie soit plus loin des préoccupations politiques italiennes, alors qu’Europe-Écologie les Verts a seulement remporté 2,3% des voix, contre 13,5% en France. Pourtant, les italiens se sentent concernés par le réchauffement climatique. D’après une étude de Lifegate datant de 2019, 47 % de la population italienne opterait pour une énergie renouvelable même si elle coûte plus cher, un pourcentage qui a augmenté de 16 points par rapport à l’année précédente. De même, 71 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elles choisiraient des investissements durables même si les rendements étaient inférieurs à ceux des investissements traditionnels. Enfin, si les jeunes générations semblent avoir pris les devants du mouvement pour le climat, une étude sociologue française menée par Maxime Gaborit et Yan Le Lann montre une surreprésentation de personnes avec un niveau d’étude supérieur lors des manifestations pour l’environnent, révélant un phénomène social plus que générationnel. Ces observations font écho à des récents changements en matière d’écologie et d’éducation. En septembre, l’Italie est devenue le premier pays à faire de l’écologie et de la crise climatique des matières obligatoires pour les écoliers, une évolution qui jouera un rôle crucial dans la sensibilisation des prochaines générations au développement durable.

Au-delà des frontières nationales, une action européenne

Les transitions écologiques françaises et italiennes s’inscrivent dans le cadre de la transition au niveau européen, rythmée par les accords et objectifs fixés par la Commission et le Parlement. L’Union Européenne a notamment fixé un nouvel objectif de réduction des émissions carbones, de plus de 55% comparé au niveau de 1990 d’ici à 2030, contre son précédent objectif de 40%. Un changement ambitieux, qui a pourtant été critiqué. Manque de réalisme pour certains et manque d’ambition pour d’autres, l’objectif de « nette réduction » qui permet de « compenser » les émissions de gaz à effet de serre par des actions comme la reforestation pose notamment problème. Dans son rapport « Pas si net », l’ONG Oxfam explique que sans définition claire, l’objectif de nette réduction pourrait devenir une dangereuse diversion, évitant aux plus importants émetteurs de prendre des mesures conséquentes tout en reposant sur l’utilisation de vastes étendues de terres dans des pays à faible revenu. En outre, contrairement à ce qu’avait souhaité le Parlement, l’objectif de neutralité carbone ne s’appliquera pas à tous les États individuellement. Au sein de l’objectif global, des objectifs individuels seront donc fixés en fonction des différences d’émissions et de capacité. Enfin, de nouveaux outils ont été introduits pour remplir les objectifs du European Green Deal. Un tiers des 1.8 milliards d’euros d’investissements du NextGenerationEU Recovery Plan et du budget de l’UE sur 7 ans est destiné à cet effet. Pour accompagner les objectifs du deal, un texte intitulé European Climate Law a été adopté par le Parlement sous la forme d’une régulation qui offrira un cadre pour la transition, avec notamment l’obligation de se plier aux objectifs de l’Accord de Paris. Bien que la nouvelle législation ait la forme d’un règlement directement applicable, elle n’impose pas d’obligations spécifiques aux entreprises. Directement adressée aux États membres, ceux-ci ont la charge de prendre les mesures nécessaires pour répondre aux objectifs fixés par l’Union Européenne. Dans les prochaines années, les entreprises des États membres peuvent donc s’attendre à des réglementations impliquant la suppression progressive des subventions à l’énergie, en particulier pour les combustibles fossiles, ou la possibilité de participer à des consultations publiques sur le climat et l’énergie non-renouvelable et l’échange de bonnes pratiques visant à protéger le climat.

Ella Tescari

Ella Tescari -

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