“La nave di Teseo”, nouvelle maison d’édition fondée par Elisabetta Sgarbi

Après 25 ans chez Bompiani, chez qui elle tenait le poste de directeur éditorial, Elisabetta Sgarbi a abandonné sa vieille maison d’édition et a annoncé en même temps la création d’une nouvelle maison d’édition, portant le nom, “La nave di Teseo” (Le navire de Thésée).

Malgré ce divorce, qui était déjà dans l’air depuis longtemps, Mme Sgarbi, en sortant, a voulu souligner que sa décision n’était nullement politique ni idéologique – faisant clairement référence à la cession des marques Rcs Libri à Mondadori, opération qui à donné naissance au groupe renommé “Mondazzoli”. L’ancienne directrice, en laissant Bompiani, avait déclaré: “Je ne serai pas totalement honnête si je disais que ma sortie ne dépend pas en quelque sorte de la cession de Rcs Libri à Mondadori. Je n’ai rien contre Mondadori. Je n’ai aucune raison d’être contre la propriété ou le management de la société. Toutefois je pense que cette acquisition n’est pas seulement une initiative commerciale mais quelque chose de beaucoup plus important.” La Nave di Teseo a donc eu, dès le début, l’idée de se proposer comme rempart du pluralisme et de la liberté intellectuelle.

D’autre part, beaucoup de ceux qui, parmi les auteurs, faisaient partie du groupe Bompiani ont suivi Elisabetta Sgarbi dans sa nouvelle aventure. Parmi ceux-ci, Umberto Eco, disparu le 19 Février dernier, et dont le dernier roman est sorti posthume pour la nouvelle maison d’édition. La sortie de Pape, Satan, Aleppe avait été prévu en réalité pour le mois de Mai, mais tout le monde, à la nouvelle maison d’édition, a voulu faire de son mieux pour rendre hommage d’abord à l’écrivain, mais aussi à l’ami qui avait contribué de façon si importante à la naissance de ce nouveau projet.

Le nom même de la maison d’édition avait été choisi par Umberto Eco, inspiré par un passage de Vite parallele de Plutarco, où l’on peut trouver résumé l’esprit de cette aventure. En effet, en parlant du navire de Thésée, on dit que les Athéniens enlevaient les vielles parties au fur et à mesure qu’elles se détérioraient, en remplaçant finalement presque toutes les parties originales, de telle sorte qu’à la fin on ne comprenait plus s’il s’agissait du vieux navire ou bien d’un navire totalement différent.

Parmi les investisseurs de cette nouvelle société, on trouve Jean Claude et Nicky Fasquelle, mais à titre personnel. Parmi les actionnistes figurent également Elisabetta Sgarbi et Umberto Eco, Guido Maria Brera, Mario Andreose, Eugenio Lio, Sandro Veronesi, Furio Colombo et d’autres romanciers et auteurs qui ont fortement cru en ce projet, tout en vivant, ce secteur comme d’autres, un moment économique très difficile. La nave di Teseo veut s’imposer come une marque italienne, complètement indépendante, qui s’occupera de publier des romans, des essais et de la poésie, par des auteurs italiens et internationaux.

Le siège de la société est à Milan, en via Jacini, dans les locaux mis à disposition pendant trois ans par Francesco Micheli, homme d’affaire italien.

Toutefois, nous ne parlons pas ici d’une coopérative, mais d’une véritable société SRL, avec une structure professionnelle bien précise; des métiers et des compétences diversifiés, un président qui est également expert-comptable, directeurs et marketing. La distribution et les services commerciaux sont confiés au Groupe « Feltrinelli e Messaggerie ».

Parmi les auteurs qui ont adhéré au projet, on trouve Tahar Ben Jelloun, Pietrangelo Buttafuoco, Mauro Covacich, Michael Cunningham, Viola di Grado, Hanif Kureishi, Nuccio Ordine, Carmen Pellegrino, Lidia Ravera, Vittorio Sgarbi, Susanna Tamaro.

Le but est celui de proposer une cinquantaine de volumes pendant l’année 2016 : 25 nouveautés et 25 titres de catalogue car certains auteurs, comme Eco justement, avaient, avec la vieille maison d’édition, des contrats qui étaient terminés et n’avaient pas été renouvelés.

Ensuite, d’autres auteurs pourraient suivre le sillage ce nouveau navire, où apparemment ce qui compte le plus est l’amitié et le respect entre les auteurs et les participants au projet, comme dans une grande famille, un peu suivant le modèle de ce qu’était Einaudi, ou de ce qu’est Sellerio de Sciascia, l’idée qui devrait tout compte fait être à la base du statut moral de toute maison d’édition.

Chiara Casamenti

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