En Italie, la BPI France devient un modèle à suivre

Daisy Boscolo Marchi
Daisy Boscolo Marchi

Avec la conquête de la gouvernance de la « Cassa Depositi e Prestiti », le M5S rêve de placer l’Etat au cœur de l’économie et résoudre les dossiers comme « Ilva » ou « Alitalia ». Mais l’organisme en question a moins d’argent de ce qu’on pourrait imaginer. Pour l’utiliser comme levier de croissance, le statut de la CDP devra être changé (tâche très compliquée) et il est raisonnable penser que le recours au (tant critiqué) marché des capitaux (marchés financiers) sera nécessaire pour la collecte de nouveaux fonds.

Lors de la réunion de « Confindustria Emilia Romagna », Stefano Buffagni, sous-secrétaire au développement économique du M5S exprimait la volonté du gouvernement de financer les infrastructures et soulignait que la CDP pourrait être un excellent levier pour ce genre d’interventions. Selon lui, il sera essentiel de mettre en place une banque qui travaille à côté des territoires et des entreprises, surtout pour les aider à exporter. Il a affirmé : « Nous n’inventons rien : nous avons pris à exemple la BPI France et nous avons essayé de reproduire leur modèle ».

Luigi Di Maio, chef du M5S, a toujours considéré indispensable pour sa réussite politique obtenir la direction de la CDP. Il a été très habile et il a mis en difficulté le Ministre de l’Economie, Giovanni Tria, en désignant comme directeur général Fabrizio Palermo au détriment de Dario Scannapieco, le candidat préféré par le Ministre. En revanche, dans le CdA, Tria peut compter sur l’économiste Luigi Paganetto, nommé vice-président, sur Fabrizia Lapecorella et sur Fabiana Massa Felsani. Les trois constituent une barrière institutionnelle dangereuse pour Luigi di Maio, car ils ont le poids suffisant pour contraster les ambitions de la composante M5S du gouvernement et donc bloquer les réformes du statut de la CDP que Di Maio souhaite accomplir.

Le modèle français

Le modèle auquel aspire le M5S est basé sur le modèle français. Créée fin 2012 sur le modèle de la banque publique allemande KFW, son objectif est simple : soutenir les startups et les entreprises pour les aider à croître. Conformément aux promesses de campagne de François Hollande, les efforts de Bpifrance devaient rendre l’économie française compétitive et créatrice d’emplois. L’arrivée d’Emmanuel Macron donne à la banque des nouvelles ambitions : transition énergétique, tourisme, l’internationalisation et modernisation des usines, et en particulier, intelligence artificielle, élevée au rang de priorité absolue par le président de Bpi France, en phase avec l’action du gouvernement en la matière.

La Bpi France est donc une banque à tous égards, dotée de succursales réparties sur l’ensemble du territoire qui dissémine des investissements en France et à l’étranger. C’est une banque 100% publique, contrôlée à 50% par l’Etat à travers l’agence gouvernementale Epic et à 50% par la Caisse des Dépôts et consignations, une autre société publique. La loi française la définit comme « un organisme français ayant pour mission de soutenir les entreprises qui a trois objectifs : accompagner la croissance des entreprises, préparer leur future compétitivité et développer un écosystème favorable à l’entrepreneuriat ».

Malgré une participation publique à 100%, le CEO Nicolas Dufourcq n’arrête pas d’expliquer qu’il s’agit en réalité d’une banque privée, qui agit avec la logique du marché. Malheureusement, le M5S a démontré à plusieurs reprises de ne pas aimer la logique du marché.

Le modèle français peut-il marcher en Italie ?

Si le gouvernement italien souhaite appliquer à la CDP le modèle français, il devra changer son statut. En 2015 la CDP est entrée dans le plan Juncker des investissements européens (cela lui permet sans doute de faire ce que lui était auparavant interdit) mais par statut, elle doit aider l’économie du pays sans pouvoir réaliser des profits.

Les difficultés de mettre en place des réformes sur son statut découlent de sa forme juridique. En effet, en 2003, la CDP a été transformée en une société par actions avec 70% du capital détenu par le Ministère du Trésor et 30% détenus par 66 fondations bancaires. Pour utiliser les fonds afin de résoudre les crises industrielles, le gouvernement devrait soit évincer les fondations soit les convaincre d’accepter un changement. Mais le Président de la fondation CARIPLO, Giuseppe Guzzetti, a été très clair en affirmant que « les économies des Italiens ne peuvent pas être mises en péril » et que « d’après la loi, les fondations bénéficient d’un vote de blocage et, si cela ne suffit pas, de l’instrument de retrait ». Un véritable chantage : si les fondations abandonnent, la CDP retourne entièrement à l’état, augmentant ainsi la dette publique.

Le seul moyen pour contourner l’impasse, pourrait être la création d’une banque d’investissement d’État. Une belle idée, qui nous couterait des milliards d’euros. De plus, la nouvelle entité aurait besoin des actifs nécessaires pour se conformer aux exigences établies par la BCE, qui à ce moment-là exercerait également son rôle de supervision sur le CDP. Quoi qu’il en soit, si la CDP veut s’inspirer de la BPI France, elle nécessite de plus de capital : ne pouvant pas recourir au Trésor, elle devra faire appel aux marchés financières. Ironie du sort, les mêmes marchés financiers dont Di Maio se voulait indépendant.

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