L.O.V.E. ou le doigt de Maurizio Cattelan à la Bourse de Milan

Nul doute que la sculpture a fait couler beaucoup d’encre et délier les langues ! Maurizio, provocateur ? Mauvaise interprétation de la pensée collective ? Déclencheur d’aigreurs de par ses œuvres ? Quel rôle doit-on donner à l’œuvre d’art ? Celui de plaire inlassablement à son public ? L’interpeler ? Le mener à une réflexion ? Où tout simplement sans aucune réelle interprétation lui laisser juste le sens d’une esthétique du beau, de la sensation ? Telle est peut-être notre première approche face à une œuvre d’art avant tout symbolisme,signification ? Autant de questions et autres … qui peuvent conditionner notre approche de l’art. Bref l’art questionne … et notamment celui de Maurizio Cattelan.

Sa sculpture L.O.V.E. une main aux doigts coupés à la base de la première phalange où seul subsiste le majeur a suscité et suscite encore des propos de tout genre ; ne pouvant plus faire le salut de la main il ne reste finalement que le majeur comme salut, doigt d’honneur ? L’artiste s’en défend ou laisse planer le doute.

Artiste italien installé à New York, Maurizio est un des artistes contemporains de son vivant les plus collectionnés par les milliardaires. Souvent décrié comme un plaisantin du monde de l’art, provocateur il aime transgresser les codes de l’art, les frontières bien définies dans le système de l’art. Est-ce là peut-être son pouvoir à choquer, à interpeler? Sa recherche artistique ne repose- t-elle pas finalement à conduire par des images CHOC le spectateur à une réflexion ? Faire de son art une lance perçante à l’instar de la flèche transperçante du Bernin pour Sainte Thérèse bien que pour elle nous sommes dans l’extase mais elle en est pas moins perçante.

Fort de son poids 6 tonnes et 11 mètres de haut la sculpture en marbre de carrare (marbre très prisé par les romains et les artistes de la Renaissance) n’est pas sans rappeler la sculpture romaine impériale et fasciste-néoclassique ; idéologie artistique reprise sous Mussolini dans le but d’exalter son pouvoir, sa puissance, le culte de sa personne à l’instar de la Rome Impériale et des Césars. L’histoire de la sculpture nous a fait part de ce « gigantissime » d’éléments symboles de pouvoir et de puissance ; telle la main de l’empereur Constantin dans la cour des Musées du Capitole à Rome ou à échelle plus réduite mais dont le thème de la main est tout aussi important dans le David de Michel-Ange, une main d’un Toscan forte et puissante !

L’œuvre de Maurizio serait donc dans le style néoclassique répondant en premier lieu à une continuité esthétique de son espace car placée face au Palazzo Mezzanotte qui abrite la Bourse de Milan de style néoclassique du début du XXème siècle. Harmonie esthétique seulement ? Ironie, cynisme ? Plaire, ne pas plaire l’œuvre est de mauvais goût pour Giuseppe Vegas Président de la Consob-l’autorité boursière. Somme toute l’œuvre de Maurizio Cattelan ne s’adresserait-elle pas au monde de la finance, un résumé du cynisme du milieu financier responsable de la crise mondiale ? Finalement la place choisie pour exposer cette sculpture Piazza Affari qui entre dans le cadre d’une large rétrospective des œuvres de l’artiste dans tout Milan, ne semblerait pas si anodine et dénudée de sens !

Margareth Gabriel

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